Le marketing et l’environnement alimentaire

Les porte-paroles de l’industrie alimentaire argumentent que la responsabilité personnelle, et non l’environnement alimentaire (le marketing, la piètre qualité des aliments disponibles, etc…) est la cause principale de l’obésité. D’après Kelly Brownell, directeur du centre de l’alimentation et des désordres alimentaires à l’université Yale « cet argument ne peut être supporté par la science ni le bon sens. Les taux d’obésité augmentent année après année, en pays après pays. Il est difficile d’argumenter que les peuples du monde étaient moins irresponsables en 2002 qu’en 2001 ou bien que l’irresponsabilité se répand au travers le globe. » (Feeding the Future, edited by Andrew Heintzman and Evan Solomon 2004)

Les compagnies alimentaires, particulièrement celles qui participent à la transformation des grains bons marchés en produits « plus value » ainsi que ceux qui participent au marketing de ces mêmes aliments ont compris depuis longtemps, même si indirectement, plusieurs des influences qui sous-tendent les comportements alimentaires. Des études récentes en neurologie illustrant le fonctionnement des neurones miroirs ainsi que les relations rapprochées dans le cerveau entre des régions responsables pour les saveurs, l’odorat les mémoires affectives nous démontrent l’effet direct sur nos désirs des messages publicitaires. Même chez les primates, les chercheurs ont démontré que les neurones miroirs activaient des régions associées à la récompense et à la gustation quand les animaux ne faisaient que voir les assistants de laboratoire manger des cornets de crème glacée. Un bombardement fréquent par des stimuli multimédia cherchant à nous pousser vers une consommation d’aliments transformés (avec une marge de profit importante pour les producteurs et distributeurs) renforce le désir pour ces mêmes aliments dans le cerveau. Quand vous considérez qu’un enfant nord-américain moyen est exposé à environ 10 000 messages publicitaires par année à la télévision seulement et que la grande majorité de ces messages sont pour des boissons gazeuses, du fast-food, des céréales sucrées et des snacks ; est-ce surprenant que ces aliments deviennent des choix primaires dans leur diète à mesure qu’ils vieillissent ?

Une compréhension des forces marchandes et des stratégies du marketing ne sont pas suffisantes pour contrer les effets neurologiques subtils du marketing. Quand nous voyons quelqu’un dans une publicité se rafraîchir avec un grand verre de Coca-Cola glacé, tout en souriant et en s’amusant avec de bons amis, la magie des neurones miroirs nous place inévitablement dans leur souliers et notre cerveau reproduit la sensation de boire ce même breuvage tout en liant la sensation gustative avec le plaisir que nous imaginons que notre ami publicitaire doit ressentir. Plus tard, quand vient le temps de décider quoi boire, nous utiliserons ces mêmes mémoires affectives comme référence et le plus souvent nous aurons vu les messages publicitaires le plus fort seront leurs influences sur nos choix.

En ce monde saturé de marketing y a-t-il une solution à ce dilemme ? Les agences de santé gouvernementales semblent penser que nous devons combattre le feu avec le feu. En ajoutant des publicités pour des aliments dits « santé » il pense délogés les fast-foods et boissons gazeuses de notre mémoire affective. Malheureusement cette stratégie ne peux fonctionner. Premièrement, le budget publicitaire de ces agences ne constitue que 0,1 % du budget publicitaire des compagnies alimentaires. Deuxièmement, ajouter plus de publicité ne fait qu’augmenter la consommation alimentaire. Je crois qu’une des seules solutions qui nous est ouverte et de réduire notre exposition aux messages publicitaires. N’oubliez pas que le produit pour lequel les publicitaires payent quand ils subventionnent les émissions de télé, les événements sportifs ou les films c’est VOUS! Quand les compagnies subventionnent la production de n’importe quel média, c’est une façon indirecte d’acheter votre attention, votre énergie et votre temps. Quand vous comprenez les implications des neurones miroirs et de l’ancrage affectif dans le cerveau, vous comprenez aussi qu’ils payent pour un accès direct à votre cerveau et qu’ils influencent vos choix de façon invisible à votre cerveau conscient. Allez-vous donner gratuitement votre temps, votre énergie et votre vie à ces publicitaires ? Allez vous sacrifier vos enfants sur cet autel ?

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Cette entrée a été publiée le 2011/03/12 à 22:53. Vous pouvez suivre toutes les commentaires de cette entrée à partir du fil RSS. Les commentaires sont présentements fermés.