La santé des sols

Dans un article parut le 25 mars 2011 rédigé pour le Grist online magazine , Tom Philpott traite des résultats de recherches divulgués récemment par l’institut Rodale de Pennsylvanie, relativement au système de production alimentaire. Cette étude fut nommée « la plus longue course américaine comparant l’agriculture conventionnelle et celle organique ». En plus de démontrer que les pratiques agricoles organiques produisent autant de récoltes par hectare, cette étude a démontré que les récoltes organiques résistent mieux à la présence de mauvaises herbes, à la sécheresse, ainsi qu’à la réduction du niveau de nitrogène au sol.

Quel est le secret? Nous n’avons qu’à nous pencher sur les études de Sir Albert Howard qui fut en 1934 nommé chevalier de la Grande Bretagne pour sa contribution aux recherches agricoles. Sir Howard  (1873-1947) passa plus de trente ans à exécuter des recherches sur les techniques agricoles dans les anciennes colonies britanniques de l’Inde et des Caraïbes.

Il énonça les fondements philosophiques de l’agriculture biologique dans ses livres intitulés « Un testament agricole » (1943) et « La terre et la santé » (1947), lesquels restent jusqu’à présent des références dans le domaine. Il croyait que nous devrions traiter « l’ensemble des problèmes liés au sol, aux plantes, aux animaux et aux humains comme un sujet global ». Il ne peut y avoir de séparation entre la santé des récoltes et celle des sols qui les ont vus pousser. Il considérait un de ses sujets favoris, le compostage, comme un élément primordial dans les cycles de fertilité des sols et la santé des Hommes. Il concentra d’ailleurs une grande partie de son traité à exposer les bénéfices et les méthodes optimales du compostage pour la production agricole. Il publia ce mémoire juste avant l’ère de la grande poussée de la « Révolution Verte » et de l’accroissement de la production alimentaire industrielle.

De même que nous commençons à reconnaître l’importance pour notre santé des colonies de bactéries qui partagent notre corps, nous devons reconnaître l’importance de la microflore de la couche supérieure des sols comme une richesse pour la santé de l’agriculture durable et de la diversité. Lors du programme “The Bottom Line” radiodiffusé sur la chaine CBC, David Suzuki souligne la complexité et l’importance de ce système vivant. Ce programme en deux parties est dédié au sol et à sa santé (écoutez les épisodes 4A et 4B). Chaque fermier consciencieux se considère comme un intendant de cette couche du sol et de ce système vivant.


Dans le livre « Feeding the Future » (compilé and édité par Andrew Heintzman et Evan Solomon de la chaîne CBC), le chapitre rédigé par David Wheeler et Jane Thompson, illustre comment une agriculture conventionnelle qui est basée sur les produits chimiques plutôt que sur les fonctions naturelles du sol, dégrade progressivement la couche supérieure du sol. En effet, l’institut mondial des ressources (World Resources Institute) estimait en 2002 que 28% de la surface de la Terre était dédiée à l’agriculture, dont 31% pour les récoltes et 69% pour les pâturages. Toutefois, suite aux pratiques actuelles en agriculture, 49% des terres agricoles sont modérément ou fortement dégradées et ont besoin d’une quantité accrue d’herbicides et d’engrais chimiques pour produire les récoltes attendues. Les recherches du groupe Earthtrends indiquait en 2003 que l’utilisation d’engrais chimiques sur les terres agricoles avait augmenté depuis 1960, de 10kg par hectare (KG/HA) à plus de 50 KG/HA en 2000.

David R. Montgomery, un géomorphologiste (la géomorphologie est l’étude scientifique des reliefs géologiques et des processus qui les ont formés), a rédigé le livre « Poussière : l’érosion de la civilisation » (Dirt : The Erosion of Civilizations) dans lequel il opine que le sol est la ressource naturelle primordiale pour l’humanité. Étant donné que notre alimentation est basée sur la transformation des plantes par l’énergie solaire en molécules énergétiques (glucides, lipides et protéines) que les humains consomment directement ou réservent pour nourrir les animaux, plusieurs cas historiques démontrent que la négligence de la santé des sols peut mener à l’affaiblissement voir la disparition d’une civilisation. L’histoire démontre que lorsque les sols devenaient non-productifs, les populations qui les exploitaient se dispersaient ou se déplaçaient; une solution qui n’est plus envisageable dans le monde moderne. Montgomery nous prévient : il n’y a plus d’endroit ou s’évader pour recommencer.

Plusieurs de nos difficultés actuelles en termes d’agriculture et de pollution peuvent être liées en totalité ou en partie à l’appauvrissement de l’état de la couche supérieure du sol. En se dégradant, les pluies et les vents mènent à une érosion accrue – un processus qui serait généralement limité par la microfaune et par le système des racines résiduelles des sols bien gérés – cette érosion entraîne la congestion et la restriction des cours d’eau par les terres (ex : problème de congestion des eaux du Mississippi et de l’Amazone).

La porosité et la rétention d’eau accrue des sols en santé accroissent la résistance à la sécheresse des plantations et aident ainsi à réduire les besoins d’irrigation de ces sols. L’étude des niveaux d’eau dans les nappes phréatiques des régions de production agricole intensive nord-américaines et indiennes, démontre une réduction constante des niveaux d’eau puisque les fermiers pompent de plus en plus de ces eaux souterraines pour irriguer leurs cultures qui retiennent de moins en moins d’eau. À l’augmentation d’écoulement des eaux d’irrigation s’ajoute l’épuisement du nitrogène naturel des sols, ainsi que le déversement dans les cours d’eau du nitrogène utilisé dans les fertilisants chimiques. Puisque ce nitrogène (organique et inorganique) se retrouve ainsi dans les cours d’eau, il accroît la prolifération des algues et augmente l’importance des zone hypoxiques où les poissons ne peuvent survivre.

En tant qu’individu, vous pouvez supporter l’agriculture consciencieuse de l’utilisation des sols en insistant personnellement sur l’approvisionnement en aliments biologiques auprès de votre marché local. Vous pouvez également diffuser l’information auprès de vos amis et de votre famille quant à l’importance du choix organique et des produits et viandes issus d’une agriculture durable. Nombre d’économistes et de politiciens perçoivent l’agriculture biologique comme un luxe accessible aux riches alors qu’un investissement court terme dans l’utilisation adéquate des ressources liées au sol rapporterait rapidement en termes de productivité des récoltes, de salubrité des cours d’eau et des eaux souterraines. Ne sous-estimez pas votre influence et l’impact que vous pouvez provoquer lorsque vous choisissez l’action et l’activisme; faites votre part aujourd’hui. L’élection fédérale est un moment opportun pour militer auprès des représentants des parties dans votre arrondissement et au niveau national pour insister pour un investissement dans l’agriculture durable et saine!

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Cette entrée a été publiée le 2011/04/04 à 14:45. Vous pouvez suivre toutes les commentaires de cette entrée à partir du fil RSS. Les commentaires sont présentements fermés.